Votre établissement est assujetti au décret BACS — depuis 2025 si vos installations dépassent 290 kW, au plus tard en 2030 sinon. Reste la vraie question : par où commencer ? La réponse de la filière bâtiment est sans ambiguïté : par un audit. Le guide pratique d'application du décret BACS, publié fin 2025 dans le cadre du programme PROFEEL, en fait le cœur de sa méthode. Voici comment se déroule un audit « décret BACS », et pourquoi c'est la meilleure dépense de votre projet de mise en conformité.
La tentation est grande de sauter directement à l'installation. Pourtant, la méthode de la filière comme notre expérience convergent : tout projet sérieux commence par un audit, pour trois raisons.
D'abord, parce que l'assujettissement lui-même se calcule : les puissances chaud et froid ne se cumulent pas, mais celles de systèmes de chauffage distincts s'additionnent — un EHPAD avec 580 kW de chaudières, un groupe froid de 125 kW et des DRV peut totaliser 635 kW de puissance chauffage, très loin au-dessus du seuil. Et si le temps de retour sur investissement dépasse 10 ans, l'exemption doit être documentée par au moins deux devis réels : là encore, il faut un dossier.
Ensuite, parce qu'un BACS pertinent se définit à partir des usages, pas d'un catalogue. Les audits de systèmes GTB menés sous l'égide de l'ADEME dressent un constat récurrent : un surnombre de fonctions, dont beaucoup ne sont jamais utilisées — elles complexifient le système et en renchérissent le coût. Le guide de la filière le résume d'une phrase : le BACS n'apporte de bénéfices que par les usages qui en sont faits.
Enfin — et c'est là que le profil de l'auditeur compte — parce qu'un audit n'a de valeur que s'il débouche sur des actions. Mené par un spécialiste de la GTB qui installe, maintient et pilote des installations au quotidien, l'audit produit des préconisations réalistes et actionnables : la vision globale — audit, installation, maintenance, pilotage — évite les rapports théoriques qui finissent dans un tiroir, et la liste de points établie permet d'estimer le budget dès ce stade.
Un signal d'alarme simple pour trier les prestataires : le devis sans rapport. Certains acteurs expédient une visite technique et rendent leur copie sous la forme d'un chiffre — sans étude, sans explication, sans liste de points. Un BACS engage l'exploitation de votre bâtiment pour les dix prochaines années ; un sujet aussi technique ne peut pas se résumer à un montant en bas de page. Quel que soit le prestataire retenu, exigez le rapport d'audit ou l'étude technique qui justifie chaque prescription.
La méthode du guide PROFEEL s'articule en trois temps :
1. Caractériser le site et ses usages : surface, zones d'usage aux horaires et besoins de confort différents, année de construction, historique des consommations… et deux points trop souvent oubliés — qui est l'assujetti (propriétaire, copropriété, preneur à bail ayant fait des travaux), et quel est le profil de compétence des futurs utilisateurs. Un BACS conçu pour un exploitant présent en permanence ne convient pas à un service technique de deux personnes.
2. Définir les suivis énergétiques : découper le bâtiment en zones fonctionnelles, puis établir un plan de comptage pragmatique. Tout ne se compte pas : un poste qui pèse moins de 5 % des consommations ne justifie généralement pas son compteur, et les compteurs existants (y compris les compteurs de facturation communicants) sont à réutiliser en priorité. À l'inverse, certains petits postes méritent un suivi — la consommation électrique d'une ventilation qui ne s'arrête jamais révèle des surconsommations de chauffage bien plus grosses qu'elle.
3. Établir les pilotages — et leur intérêt réel : quels équipements raccorder, via quels protocoles et passerelles, en vérifiant que l'arrêt manuel et la gestion autonome exigés par le décret sont réalisables. Mais la question du raccordement n'est que la moitié du sujet : intégrer un équipement n'a d'intérêt que si son fonctionnement peut réellement être optimisé. L'étude doit donc identifier, équipement par équipement, les leviers d'amélioration de la régulation — consignes, courbes de chauffe, cascades, intermittences — pour décider en connaissance de cause de l'intérêt, ou non, de le piloter par la GTB.
4. Définir les services au-delà du réglementaire : téléalarmes en cas de défaut, programmation des intermittences, et tout ce que les équipes demandent réellement — sur un site audité dans le guide, le responsable technique a fait ajouter le suivi des consommations d'eau froide avec alerte en cas de fuite présumée.
5. Dresser la liste de points et les prescriptions : le livrable qui permet de chiffrer le projet sur des bases saines, en distinguant ce qui relève de l'obligation réglementaire et ce qui relève du service en plus.
Le volet le plus sous-estimé des audits BACS est le volet sanitaire. Certes, l'enjeu du décret est la sobriété énergétique — mais piloter des équipements CVC sans intégrer les obligations réglementaires qui les encadrent n'a pas de sens, surtout dans un hôpital, une clinique ou un EHPAD. L'ECS l'illustre bien : pas question d'arrêter la production ni de transiger sur les températures réglementaires de départ et de retour de boucle, le risque légionelle l'impose. Mais la production s'optimise — charge des ballons, temps de fonctionnement de l'échangeur — pilotée finement dans le respect de ces températures. Même logique pour la ventilation des zones à occupation continue : pas d'arrêt possible, mais des débits modulés sur le taux de CO2 mesuré — ventiler juste plutôt que ventiler à fond. Et les chambres, occupées 24 h/24, appellent des consignes encadrées plutôt que des extinctions.
Un audit mené avec cette triple lecture anticipe aussi les synergies d'instrumentation. Au moment de raccorder le préparateur d'ECS, prévoir les sondes de température sur le réseau bouclé — y compris aux points éloignés : elles sécurisent le suivi légionelles et facilitent les contrôles imposés par la réglementation. Au moment de raccorder les CTA, prévoir des capteurs de qualité d'air intérieur : ils répondent aux obligations de surveillance de la QAI qui s'étendent aux établissements sociaux et médico-sociaux, et fournissent la mesure de CO2 qui permet d'ajuster le renouvellement d'air au besoin réel. Un seul chantier de raccordement, trois bénéfices : conformité BACS, conformité sanitaire, économies d'énergie.
Un audit « décret BACS » bien mené confirme votre assujettissement et vos échéances, produit un plan de comptage pragmatique, identifie les leviers d'optimisation de la régulation, et débouche sur une liste de points qui dimensionne le système et son budget — un système conçu pour vos équipes. C'est la première étape de chaque accompagnement OuiSense en établissement de santé et médico-social : audit, installation, maintenance et pilotage à distance, avec un seul interlocuteur. Votre audit reste à faire ? Parlons-en.